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Charleroi. 10 poèmes

Erik Lindner

I

Ombres des arbres sur les blés.

Devant la gare un pont dont une marche est descellée.
Un garçon fait du skate chez l’opticien qui ferme.

Un cylindre sous les boîtes aux lettres pour y rouler les journaux.
La boutique d’un caviste envahie de cartons.

Sous l’eau du pont la lumière colorée d’un néon brille.
Au-dessus de la gare des voitures sur la route.




II

Dans un passage, dans une devanture, une fille peint.

Sort de la vitrine franchit la porte dans le passage se tourne vers
la vitrine quelques pas pour prendre du recul puis regarde.

Sur des bandes de papier deux arbres. Leurs branches se penchent vers l’étalage.
Leurs feuilles menacent de tomber.

Elle retourne dans la devanture s’empare de la bombe la secoue fixe les bandes de papier avec du scotch.

Deux adolescents s’embrassent à l’entrée du passage.



 

III

Du charbon bloque la porte à tambour de l’entrée d’une usine
au-dessus du mur une ronde de rouleaux de barbelés.

Un renardeau traverse le terrain vague, la queue
au ras du sol, s’immobilise, se retourne
entre dans le hall de l’usine.

Des câbles électriques dépassent du trottoir.
D’un robinet soudain ouvert jaillit de l’eau à la verticale.

Un arc-en-ciel se dessine brièvement au-dessus du canal.




IV

Déchets sur un bateau.
Amas de pierres sur un bateau.
Blocs de béton sur une péniche, transportés sur la rivière.

Un barrage sur la rivière, une passerelle qui se hisse en l’air.
Oiseaux sur le quai.

Bras préhenseurs qui lâchent des blocs de pierre dans le hall de l’usine.

Un pont aussi étroit qu’un tuyau
et à distance égale les unes des autres des mouettes
recroquevillées comme autant de boutons blancs.



 

V

Les autobus, les kots à frites, les bars karaoké, la périphérie, les patrouilles de la police, la balustrade en bois des balcons, les traiteurs chinois, les travaux, les rénovations, les fenêtres condamnées, les devantures peintes en blanc, les terrils, les salons de coiffure, les tatouages, les piercings, les venelles séparant les jardinets, les cimetières, les jardins ouvriers, l’art nouveau, les arbres, les excavatrices, les maisons en brique, les bancs, les vitraux des fenêtres, les signes, les halls des usines, les voilages, les pompiers et leur sirène, les bazars, les Camerounais, les Italiens, les pompes à essence, les collines, les pelouses devant les maisons, les bateaux qui attendent d’être chargés, les filets sous les balcons qui s’effritent, les hôpitaux, les supermarchés, les funérariums, les pistes de pétanque, les salles de jeux, les soirées dansantes, les terrains de sport, les avions qui décollent, les hôtesses de l’air près de l’abribus.




VI

Des oiseaux entrent à tour de rôle dans la station de métro
se posent sur le panneau où est inscrit le nom de la station.

Une rame se dirige vers une butte pointue, ne la
contourne pas, la traverse.

Un escalier d’une des stations débouche
dans les jardins d’une bibliothèque.

Des prés dans la ville bordés d’arbres.

Un homme quitte son domicile
pour prendre place dehors dans sa voiture.

Une femme ouvre sa porte d’entrée, à la main
une toile qui représente des vaches.



 

VII

Un chauffeur de taxi qui fait sa première journée
banlieues à perte de vue. Clochers
pylônes électriques, antennes émettrices
émergeant de la colline.
Roule, voit tant et plus de ciel.

Une rangée de petites maisons devant une rangée de grands arbres.
Une rangée de petites maisons devant la voie ferrée.

Un cheval qui se tortille sur le dos, se redresse
à l’approche d’un passant.

Une cage à oiseaux de la taille d’une fenêtre.
Un homme distribue des dépliants pour un restaurant.



 

VIII

À l’abribus, une femme tient les mains
sous sa ceinture à hauteur des hanches.

Aux ronds-points, des personnages de BD.
À la laverie automatique, une radio allumée.

Les lambris des cafés, les reliefs du papier peint.
Au comptoir, un homme entreprend de peigner les cheveux d’une femme.

Les gens qui arrivent serrent la main à tout le monde.
Une femme se lève une énième fois pour vérifier
qu’il n’y a pas de miettes sur sa banquette.

La rue en pente dans le crépuscule.
Images télévisées se reflétant sur les vitres.





IX

Ombre d’un wagon sur les blés.
Dans un pré à moutons, des oies.

Près de la voie ferrée, les avant-toits peints en différentes couleurs.
Sous la gouttière, un tonneau en plastique simili-bois.

Terres en friche le long de la rivière. Panneaux indicateurs pour les bateaux.

À un rond-point, un wagon sur un tronçon de rails.
Taupinières sur la pelouse d’un château.

Une femme s’assied devant sa maison
pour contempler la vallée tout en mangeant.





X

Aux Beaux-Arts on remplace les lettres adhésives
par le programme de la semaine à venir.

Une femme dit que les ouvriers aiment l’usine où ils travaillent
c’est ancré en eux, bien différent d’une journée au bureau.

La lueur des lumières d’un stade de foot.
Les pavés de la cour d’une caserne.

Dans le tunnel en percement du métro, un wagon-outils.

Le grincement des parois des panneaux publicitaires mécaniques.

La chaussée est bombée. Les gens vous saluent dans la rue.

 


Traduits du néerlandais par Daniel Cunin

 

Daniel Cunin (1963) est traducteur littéraire néerlandais-français (W.F. Hermans, J. Slauerhoff, Louis Couperus, W.J. Otten, Vonne van der Meer, Stefan Brijs, Bart Moeyaert, Adriaan van Dis, Hafid Bouazza, Abdelkader Benali, Dirk van Bastelaere…). De 1995 à 2006, il a enseigné la traduction littéraire au sein du Département de Néerlandais de la Sorbonne-Paris IV. Depuis 2007, il collabore à Deshima (Revue d’Histoire Globale des Pays du Nord). Il partage sa passion des lettres néerlandaises avec les lecteurs de son blog.